La voracité géopolitique des USA

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L’opinion publique croit volontiers que les États-Unis d’Amérique sont entrés dans une période d’hégémonie planétaire au cours du XXe siècle en suivant les orientations de l’école anglo-saxonne de géopolitique. Or la rapacité de ce pays à s’emparer de territoires n’est pas un accident ou une mauvaise manie prise après deux conflits gigantesques. Cette inclination à la prédation mondiale, stimulée par la « Destinée Manifeste » (1845), le mythe puritain néo-biblique d’établir une Jérusalem terrestre et la haine profonde du vieux monde européen, date des origines mêmes de l’entité yankee.

Les causes de la Guerre d’Indépendance américaine (1775-1783) sont variées. Outre le souhait des treize colonies d’Amérique du Nord d’être représentées au Parlement à Londres et le mécontentement des colons de payer de nouvelles taxes sur les journaux, les documents officiels, les almanachs, le thé, le verre, l’huile, le plomb, le papier, etc., la révolte des Insurgents s’explique aussi par le refus obstiné du roi anglais George III de les autoriser à s’emparer des immenses terres fertiles amérindiennes situées entre les monts Appalaches et le Mississippi. L’indépendance de 1783 assure de facto l’annexion des « territoires indiens » renforcée en 1803 par l’achat de la Louisiane française.

Un soit-disant isolationnisme

On pourrait alors imaginer le jeune gouvernement états-unien se retirer de la marche du monde et observer en neutre les rivalités européennes du début du XIXe siècle. Erreur! Il y participe par le contentieux économique et naval, fort méconnu, de la Quasi-Guerre (1798-1800) avec la France et la seconde Guerre d’Indépendance (1812-1814) contre la Grande-Bretagne. Ensuite, l’US Navy tente d’arrêter en août 1815 la piraterie en Méditerranée occidentale et débarque dans les ports barbaresques d’Alger, de Tunis et de Tripoli (c’est à cette occasion qu’est fondé le corps des Marines).

Ces actions militaires à portée commerciale loin du sol états-unien n’enchantent guère l’oligarchie dirigeante de Washington qui préfère vite se rabattre sur son voisinage, surtout après l’annonce en 1823 par James Monroe de sa célèbre doctrine soi-disant isolationniste. Il faut maîtriser le maximum d’espaces terrestres afin d’empêcher l’affirmation de toute puissance rivale. Si une « relation spéciale » se noue avec Londres à partir de 1842, les États-Unis attaquent le Mexique entre 1846 et 1848, annexent le Haut-Mexique septentrional et contraignent les États indépendants de Californie et du Texas à rejoindre l’Union. Dès 1850, Washington s’assure des littoraux Atlantique et Pacifique et va imposer sa prédominance dans cet entre-deux terrestre, domaine des tribus amérindiennes. La Guerre de Sécession (1861-1865) n’interrompt pas cette logique tellurocratique qui se déploie lors des nombreuses guerres indiennes (1866-1891).

Un expansionnisme à visée ploutocratique

Une fois l’espace central états-unien dominé, les États-Unis s’intéressent au reste de l’Amérique. Ils évincent la vieille puissance coloniale espagnole en 1898. Voulu et encouragé par une grosse presse aux ordres de Hearst et de Pulitzer qui accuse les Espagnols, le conflit prend prétexte de la destruction de l’USS Maine en fait victime d’une explosion de chaudière ! Victorieux, les USA mettent

Cuba, Porto Rico et les Philippines sous leur protectorat et surveillent ainsi l’Amérique latine et le Pacifique Nord. En effet, dès 1842, les États-Unis occupent Hawaii avant de conquérir des îles éparses Baker et Howland en 1857, Midway en 1859, Guam en 1898, Wake et Samoa en 1899.

Ancien volontaire de la guerre de 1898, le président républicain Théodore Roosevelt (1901-1909) use en diplomatie du « gros bâton ». Adversaire intérieur des truts, il veut les détourner vers l’étranger dont la Zone du canal de Panama. Roosevelt fomente et soutient la sécession de la province colombienne du Panama en 1903. En 1905, il lance les Marines sur Haïti. Ensuite, en 1912, ils envahissent Cuba et le Nicaragua. En 1917 Washington acquiert la partie danoise des îles Vierges dans les Antilles. Si les deux guerres mondiales obligent les États-Unis à s’occuper de l’Europe, ils n’oublient pas l’hémisphère occidental et l’Océanie. Ainsi, en 1916, le général Pershing franchit le Rio Grande afin que Mexico ne s’allie pas avec l’Allemagne. La mainmise étasunienne sur l’Amérique latine devient patente après 1945. L’enjeu majeur d’éviter une expansion communiste en Amérique centrale et du Sud correspond aux intérêts économiques des multinationales prédatrices. L’exemple le plus probant demeure le coup d’État du 27 juin 1954 organisé par l’ambassade yankee la CIA et la compagnie United Fruit contre le gouvernement national-progressiste guatémaltèque du colonel Arbenz. Entre 1945 et 1990, cette connivence se vérifie du Honduras au Chili en passant par la Bolivie, le Brésil et l’Argentine.

Aujourd’hui, quoique moindres, ces collusions perdurent. En effet, malgré la victoire de la gauche sociale-démocrate (Lula au Brésil, Lugo au Paraguay, Kirchner en Argentine), nationale-populaire (Chavez au Venezuela, Correa en Equateur, Ortega au Nicaragua, Humala au Pérou) ou indigénistes (Morales en Bolivie), les USA maintiennent leur présence dans la région en affirmant lutter contre la drogue. La Colombie accueille à ce titre plusieurs bases militaires états-uniennes. Cette justification est fallacieuse, car les premiers narco-trafiquants travaillaient en liaison étroite avec les officines secrètes yankees afin de financer sans entrave la lutte anticommuniste. Certes, il faut parfois éliminer des comparses qui en savent trop. En décembre 1989, Bush père fait occuper le Panama du général Noriega, accusé de narco-trafic. Le but actuel des USA est d’éradiquer les coutumes culturelles et alimentaires des populations andines et amazoniennes, grandes consommatrices de feuille de coca, pour permettre après aux multinationales pharmaceutiques de breveter le vivant et les plantes médicinales locales.

Néanmoins, face aux fortes résistances identitaires régionales, l’hegemon yankee préfère dorénavant investir l’Asie centrale, le Moyen-Orient, le Proche-Orient, le Caucase et les Balkans (soutien explicite à l’UÇK terroriste mafieuse kossovare en 1999). On y retrouve la complicité des services spéciaux, de la machinerie gouvernementale US, des lobbies pétrolier et gazier ainsi que du puissant complexe militaro-industriel née au moment de l’éviction en 1953 du Premier ministre nationaliste iranien Mossadegh.

La drogue pour payer ses coups fourrés

Les manœuvres tortueuses de Washington provoquent la terrible guerre Iran-Irak (1980-1988) au nom du « double endiguement » (laisser s’affronter deux régimes hostiles au désordre yankee, l’Irak baasiste de Saddam Hussein et l’Iran révolutionnaire chiite de l’ayatollah Khomeiny), d’où la visite officielle en 1983 de Donald Rumsfeld à Saddam Hussein et, en parallèle, les accords ultra-secrets avec l’Iran, ce qui déclenchera le scandale de l’irangate en 1986. Pour obtenir la libération d’otages à Beyrouth, l’administration Reagan livre des armes à Téhéran et les bénéfices vont au mouvement anti-sandiniste nicaraguayen des Contras. Cette opération révéla aussi les liens étroits tissés entre le crime organisé international et l’action subversive des agences US. Au Vietnam (1964-1973), la CIA utilisait dans son action révolutionnaire anticommuniste les narco-réseaux du Triangle d’Or, leurs combattants efficaces et leur argent. Contre les Soviétiques de 1979 à 1989, les Moudjahidines de la résistance afghane n’hésitèrent pas à se procurer des armes occidentales grâce à la vente d’opium qui déferlait ensuite aussi bien en URSS qu’en Occident, ce que ne montre pas le film de Mike Nichols La Guerre selon Charlie Wilson (2008), mais qu’exposait fort opportunément Tuer n’est pas jouer (1987), un James Bond réalisé par John Glen.

Soutenus par les puissants services secrets militaires pakistanais, les Talibans transforment dans les années 1990 les champs de culture vivrière en de vastes plantations de pavot. Il s’agit de se procurer de l’argent rapidement, de ne pas dépendre complètement d’« alliés » parfois soupçonneux, d’accélérer le pourrissement physique et psychique de l’ennemi mécréant européen. Outre des considérations géostratégiques sur le passage de futurs oléoducs et gazoducs et l’existence de nombreux minerais, la présence des troupes occidentales en Afghanistan pourrait aussi s’expliquer par la volonté de certains organismes politico-administratifs, plus ou moins informels, de trouver de nouvelles sources de financement occulte afin de contourner les lois réglementant le financement des partis politiques.

De la Kapisa afghane à l’Altiplano bolivien en passant par les vallées balkaniques du Kossovo et du Monténégro, les États-Unis, leur « État profond » et leur oligarchie ploutocratique impliquée dans l’économie noire, veulent préserver leur primauté dans la conduite des relations internationales. Plus que jamais, il importe d’exiger ce que réclamait en 1979 dans Le Monde le souverainiste gaullien Philippe de Saint-Robert « Les États-Unis devraient être, par décret international, interdits de politique mondiale. »

Georges Feltin-Tracol Réfléchir&Agir hiver 2012

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