DES LENDEMAINS TUMULTUEURS !

Un ami me signale que tous les « instituts » phosphorent sur la prospective post-Covid_19 afin de sortir le dossier que tous les gouvernements s’arracheront. Sans être collapsologue patenté, Royal-Artillerie rejoint la meute et vous livre la substantifique analyse d’un futur à connaître. Les gouvernements étrangers pourront cliquer sur la barre de traduction en tête de gondole (fin de la blague).
L’idée était de faire un dossier de quatre articles sur la spécialisation à outrance des fabrications qui impacte les chaînes de production partout comme on l’a vu lors du tsunami de Fukushima ; sur le rôle de l’Etat-stratège dans une société libérale ; sur le combat croissance-réchauffement climatique, et aussi, sur la fracture millénials vs. boomers. Mais le premier brouillon a laissé comprendre que la mondialisation était la mère de tous ces sujets et qu’il fallait creuser. Cela tombe à pic. Royal-Artillerie a fait plusieurs articles impliquant la mondialisation (37). Des bases existent qu’il faut actualiser et développer.
Ayant participé, de loin mais quand même, à des travaux du GATT*, je témoigne que la libéralisation des échanges par l’abaissement des barrières douanières et normatives avait deux buts : la planétarisation de la prospérité occidentale accroissant les productions et leurs marges, les échanges et leurs bénéfices, dans le cadre général d’une division internationale du travail (vieux thème testé par le COMECON). Le second but n’était rien moins que de gagner du temps sur un conflit sud-nord qui, en pleine guerre froide, semblait plus que probable sur les générations montantes quand exploserait la marmite démographique. Qu’en est-il résulté ?
*General Agreement on Tariffs & Trade, ancêtre de l’Organisation mondiale du commerce OMC

Un marché-monde s’est construit peu à peu avec pour chaque objet fabriqué une fourchette de prix étroite qui ciblait rapidement où cette chose devait être produite. En fait, comme on le verra des niveaux de vie, il y eut entropie des valeurs marchandes, sauf surtaxation locale de biens indésirables (comme les automobiles à Hong Kong). Un objet aussi international que le rasoir Philipshave vaut partout le même prix à +/-20%. Avant taxes c’est pareil pour les voitures selon le segment. Et cela va jusqu’aux fruits et légumes ! La mondialisation permet de profiter de l’inversion des saisons entre les hémisphères et offre à beaucoup de consommateurs pas forcément riches de goûter des curiosités comme en Europe les épices, les mangues, dorians, kumquat à des prix incroyablement bas qui réveilleraient les morts de la Compagnie des Indes néerlandaises. Le marché de chaque produit s’élargissant comme il ne le fut jamais même dans les empires coloniaux (les premières mondialisations), les producteurs s’enrichirent et les commerçants avec eux, jusqu’à engrener la roue d’une entropie des niveaux de vie. Et c’est déjà le défi que nous allons affronter en réduisant la mondialisation des échanges : nous ralentissons la progression des revenus du tiers-monde alors qu’il continue de croître en nombre de bouches à nourrir. En 2012, un billet titré La globalisation ou la guerre expliquait bien cela et se terminait ainsi :

Démondialiser c’est freiner l’activité économique du Tiers-Monde, voire stopper l’espoir. Quelques milliards de gens connaissent l’espoir, pour eux ou pour leurs enfants. Stoppons-le et verrons-nous sourdre alors dans notre village global des insatisfactions telles que l’injustice ne pourra être apaisée que par la violence du Sud contre le Nord. Et le monde prendra feu. La globalisation fait accéder le monde entier à la vitrine magique des belles choses. Il est facile de comprendre qu’à l’égalité des envies doit répondre, sinon l’égalité des conditions de leur satisfaction, du moins l’espoir d’y parvenir. L’espoir fait vivre… en paix.

Ceux qui chez nous veulent claquer la porte du village global ne voient pas qu’ils fournissent le carburant d’une confrontation sud-nord. Elle sera bien différente de celle que les bureaucrates du GATT redoutaient. Entretemps, le Sud s’est acheté la bombe atomique ! Non pas tant pour nous la mettre sur la gueule que pour nous dissuader de leur balancer la nôtre. Chine, Inde, Corée du Nord, Pakistan et l’Iran bientôt s(er)ont équipés. Les pouvoirs politiques du Sud ne s’y trompent pas : quand Donald Trump a lancé sa démondialisation, son premier contempteur au forum de Davos fut le président chinois qui se fit l’apôtre du libre-échange, pas pour prendre la pose, mais parce que la mondialisation est vitale pour tous les pays émergents, vitale au sens de vie ou de mort. Et encore la Chine maîtrise-t-elle sa démographie – ses problèmes sont ailleurs – mais l’Inde, l’Indonésie, le Brésil, le Mexique, le Nigeria, l’Afrique australe grouillent de populations impatientes ! La réponse académique est bien sûr de développer ces pays afin qu’ils répondent aux attentes de leur peuple, mais l’expérience montre que les figures imposées tardent à produire leurs effets, par le coulage de la corruption d’Etat principalement, alors que l’aspirateur à biens et services favorise rapidement les économies productrices, donne du travail, des salaires, l’espoir d’une vie meilleure pour les gosses.
C’est au moment du triomphe de la belle démonstration que s’élève la petite voix de Greta Thunberg. La croissance va étuver la planète. Si on ne peut laisser crever les masses oisives du tiers-monde, en décrétant que la croissance est un péché mortel, il va bien falloir à somme zéro, transférer des moyens de subsistance des pays développés vers les autres. Ceci revient à accélérer l’entropie des niveaux de vie et forcément laisser baisser le nôtre ! On va écouter une courte vidéo de propagande chinoise visant à mater les riverains de la Mer du Sud pour prendre le temps d’assimiler le concept d’empire revenu.

©China Global Television Network

Si les chefs d’Etat du monde n’arrivent pas à s’entendre sur l’entropie nécessaire pendant la journée, l’espèce humaine qui baise pendant la nuit va nous foutre la guerre ! Oh bien sûr, nous masserons nos chars en frontière et nous coulerons les barques des pouilleux assaillant le camp des saints pour sauver une économie en voie d’effondrement rapide, nous nous enfermerons sans grands moyens et sans voir les intentions mêmes pas cachées des empires revenus, les vrais, pas les conglomérats de la filandre comme l’Union européenne, non, ceux qui ont un agenda : la Fédération de Russie qui veut récupérer son glacis occidental afin de tenir sur l’Amour sans être prise à revers ; la République populaire de Chine, légataire universel de l’empire des Hans qui revient sur le limes impérial en captant toute l’eau des piémonts orientaux de l’Himalaya et ne laissera personne sur la ligne de crête, qui veut faire de la Mer du Sud un lac intérieur et gagner l’accès à l’Océan en reprenant Taïwan ; l’Inde qui a envie de tout vitrifier à l’ouest de l’Indus et repousser l’islam le plus loin possible ; et l’Iran ! Se souvient-on de ce que fut l’empire perse ? Bref, la démondialisation ouvrira l’appétit et tout le monde attaquera tout le monde ! Ce que justement redoutaient les pères du GATT pour les générations montantes. Cela vaut-il le coup ? Ne vaut-il pas mieux réparer la globalisation ?

Passons en revue les problèmes causés en Europe occidentale par le coronavirus de Wuhan et signalons après des pistes de réparation :
– Le premier choc fut d’apprendre que les génies qui gouvernent cette république endormie ont dégonflé les stocks stratégiques de masques respiratoires, comptant se refaire sur les usines chinoises alors que la Chine est un foyer épidémique permanent et donc que les productions nationales seront réquisitionnées en cas de crise sanitaire. Celui qui a signé la décision doit être déporté aux Kerguelen, à défaut injecté au chlorure de potassium.
– Le deuxième choc fut d’apprendre qu’avec une toute petite épidémie en métropole (regardez bien les chiffres c’est peanuts pour une population de soixante millions d’habitants), nous n’avions pas la moitié des lits de réanimation nécessaires et qu’à part de déclencher le Plan Blanc (pour faire quoi) nous n’arrivions pas à augmenter suffisamment ces équipements. Il semble que le ministère ait été tétanisé par Bercy pour passer les commandes en temps et en heure avant le tsunami redouté par Mme Buzyn. Faut-il encore trouver des producteurs locaux puisque chaque pays se réserve ses productions nationales.
– Le troisième choc fut de constater l’amateurisme des pouvoirs publics (du moins l’exécutif politique) incapables de décider les mesures d’urgence sanitaire qui marchent ailleurs. Nous sommes bien sûr tellement supérieurs aux asiatiques juste bons à fabriquer des poignées de porte ! Mais cinq pays ont fait face au coronavirus de Wuhan avec succès sans stopper les machines. Ils ont contrôlé leurs frontières et imposé une hygiène individuelle et publique de haut niveau, quasiment psychotique. Je cite Taïwan, la Corée du Sud, le Japon, Singapour et Hong Kong.
– Le quatrième choc n’a pas eu lieu : Depuis l’attaque au sarin du métro de Tokyo en 1995, les services de sûreté se méfient des opérations de guerre asymétrique en zone confinée. En passant, les treize membres de la secte ont été pendus en 2018. Mais l’attaque au gaz n’est pas grand chose comparée à l’attaque biologique, parce qu’on la décèle immédiatement, après quelques victimes quand même ! L’attaque biologique, elle, est sournoise car sa létalité est différée dans le temps et l’espace et ne peut être décelée que par une forte mortalité de cas identiques aux Urgences. Or nous savons maintenant que les pouvoirs publics ne sont pas prêts, pour ne pas dire pire. Quelques décès du coronavirus et on remue ciel et terre, on déplace des avions-hôpitaux, un porte-hélicoptères, on appelle l’industrie au secours… on est morts ! N’imaginez même pas une attaque à l’anthrax aux quatre coins de l’hexagone : un carnage !
La première décision à prendre – mais pourquoi les annonces tardent-elles, elles rassureraient les gens – est de reprendre les fabrications stratégiques sur le territoire national immédiatement en économie de guerre. D’éventuelles coopérations de proximité avec nos voisins peuvent légitimement s’envisager mais nous devons être sûrs. Notons que l’Allemagne a refusé d’aider l’Italie. Il faut ensuite remonter au niveau requis les structures de lutte hospitalière, quitte à les mettre sous naphtaline en attente de mobilisation. L’ancien hôpital du Val de Grâce est tout indiqué pour Paris et sa petite couronne.

La deuxième décision sera bien plus dure à prendre : il faut détruire toute la chaîne de commandement qui part du ministère et finit aux Urgences. Le scandale des masques et des respirateurs qui doivent doter le personnel soignant impose un acte fort dont se souviendront d’autres services tout aussi incompétents et arrogants dans notre belle république corrompue. Tuons le poulet pour effrayer le singe.
Rien ne sera plus comme avant, clament les pythonisses à plateaux. L’Etat, l’Etat, l’Etat, même le président encense l’Etat-providence qui avait disparu malgré 56% de dépenses publiques dans le PIB français. L’Etat est central en stratégie, partout au monde, et pour cette raison, le nôtre est en même temps coupable, du moins les politiciens qui se succèdent à sa gestion. Nos précautions sanitaires ont été désarmées au prétexte d’économies que la classe politique ne sait pas faire sur le futile et le clientélisme. On dépensera une fortune sur les PMA comme sur l’IVG et cent autres postes du coulage social, mais on réduira les moyens de réanimation pour compenser. Les exemples feraient dix pages. Le moment est venu de reconstruire l’appareil étatique en le concentrant sur ses missions essentielles qui devront être sacralisées, quoiqu’il en coûte aux bénéficiaires actuels des largesses incontrôlées – combien de millions de cartes vitales en circulation ?
C’est là que prend tout son sens un projet de société comme le rebrasse Frédéric Winkler, reconstruit sur les fondamentaux du pays, ce qui est valable pour d’autres pays bien sûr.
Reste maintenant le dernier point, la fracture inter-générationnelle
. C’est l’état des lieux qui pose problème. Que la crise climatique soit ou non le fait de l’espèce humaine ne doit pas masquer le constat que la terre est sale, les océans sont sales, la pollution de l’air, des eaux et des sols est partout. C’est un grand chantier international de nettoyage dont il s’agit, et les atermoiements, excuses et explications de la génération aux commandes la disqualifient de continuer à gérer. On ne parle pas là du climat mais de la merde !

L’autre poste du passif est le niveau d’endettement absolument phénoménal des nations, endettement et déficits encore accrus par la lutte contre le coronavirus de Wuhan. Je me pose la même question que Marc Fiorentino, mot pour mot : « Mais à la fin qui paie ? Quand toute cette crise sera terminée, on aura oublié la « solidarité » et on reviendra aux contraintes budgétaires et chacun viendra réclamer son argent, l’Etat, les banques, les bailleurs. Et il faudra rendre les « cadeaux ». Peut-être pas ! Si à terme ce sont les banques centrales qui détiennent les dettes des Etats qui elles-mêmes contrôlent de fait les banques centrales, pourquoi n’assisterait-on pas au niveau mondial à un « abandon de créances » massif, une annulation pure et simple d’une partie de la dette ? »
La génération montante est condamnée à purger ce passif d’une façon l’autre, mais le clearing de Fiorentino est la bonne idée.
Au bilan il y a quand même de l’actif :
D’abord et bien qu’on nous l’annonce chaque année comme imparable, notre génération a bloqué la troisième guerre mondiale à la fois par la terreur nucléaire et par le développement des grands pays émergents qui ont intérêt à la paix. L’expansion des zones de libre-échange, un produit typiquement occidental, a arraché à la misère des centaines de millions de pauvres gens condamnés à une misère endémique par tous les géographes des années cinquante, spécialement en Asie. C’est ça de moins à faire. Et pour finir, nous avons numérisé la planète, apportant les moyens de communiquer à grand débit jusqu’aux fins fonds du monde ! Il y a fallu beaucoup d’intelligence et beaucoup de câbles et équipements de routage et stockage, on n’y pense jamais. La jeunesse n’abandonnera certainement pas cet héritage-là. Pray for millenials !
(C’était un peu long sur la fin, mais c’est la faute au confinement)

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