Les Femmes Iraniennes Défient les Mollahs ; les Féministes Occidentales Regardent Ailleurs

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De courageuses femmes iraniennes sont à la pointe du soulèvement contre le régime iranien. Elles nous remémorent l’avant de la révolution islamique de 1979, quand le voile n’était pas obligatoire. Elles en connaissent le prix : nombre de celles qui ont participé aux manifestations contre le régime ont été violées et torturées en prison. Photo : des femmes voilées apparaissent dans une émission de propagande à la télévision publique iranienne, le 12 juillet 2014. (Photo de Behrouz Mehri / AFP via Getty Images)

  • Avant 1979, les femmes iraniennes étaient libres. Elles veulent le redevenir.
  • Les féministes iraniennes qui refusent le hijab sont courageuses. Mais leurs homologues occidentales qui portent un chapeau rose et les abandonnent sont des misérables.
  • Pourquoi la barbarie iranienne est-elle si facilement tolérée en Occident ?
  • Il y a trente ans, le mur de Berlin tombait parce que des citoyens ordinaires voulaient recouvrer leur liberté de mouvement. Aujourd’hui, le mur du régime iranien pourrait être abattu par ces femmes ordinaires qui veulent retrouver la liberté de porter ce qu’elles aiment, qui refusent courageusement de marcher sur les drapeaux d’Israël et des États-Unis – et entendent jouir à nouveau du vent dans leurs cheveux.
En octobre 1979, l’ayatollah Ruhollah Khomeiny a donné l’une de ses rares interviews à feu la journaliste italienne Oriana Fallaci. 
A la question : le voile est-il le symbole de la ségrégation que la révolution islamique impose aux femmes, Khomeiny a répondu : « nos coutumes ne vous regardent pas. Si vous n’aimez pas le vêtement islamique, vous n’êtes pas obligé de le porter parce que le voile islamique est fait pour les jeunes femmes honnêtes et convenables. »
« Merci de votre réponse, » a répondu Fallaci. « Et puisque vous m’en donnez la permission, j’enlève ce stupide chiffon médiéval à l’instant ».
Fallaci retira son voile et quitta la pièce sans ajouter un mot.
En retrouvant le geste de Fallaci, les femmes iraniennes sont à la pointe du combat contre le régime.

Peu après que le régime iranien ait admis avoir abattu un avion de ligne ukrainien le 8 janvier, à l’extérieur de Téhéran, des Iraniennes ont arraché les portraits du terroriste assassiné, le général Qassem Soleimani.
Quelques heures plus tôt, les ayatollahs avaient attaqué la base d’Ain el-Assad en Irak, qui abrite des troupes américaines.
Mais avant cela encore, la photo d’une iranienne dévoilée, Shohreh Bayat, arbitre du Championnat du monde d’échecs féminin, est devenue virale sur les réseaux sociaux.
 « Les gens devraient avoir la liberté de se vêtir comme ils le souhaitent, aucun code vestimentaire ne devrait être imposé » a déclaré Bayat évoquant ainsi les règles islamiques qui pèsent sur le vêtement des femmes.
« Devrais-je commencer par bonjour, au revoir ou par toutes mes condoléances ? Bonjour, peuple iranien opprimé ; au revoir noble peuple iranien ; toutes mes condoléances à vous qui pleurez toujours », a écrit Kimia Alizadeh, médaille de bronze de Taekwondo aux Jeux olympiques de Rio 2016, peu après qu’elle ait déménagé en Europe.
Elle aussi a protesté contre le « voile obligatoire ».
Le 13 janvier, trois présentatrices ont démissionné de la Télévision de la République Islamique d’Iran (IRIB). « Pardonnez-moi pour les 13 années où je vous ai menti, s’est excusé Gelare Jabbari dans un post Instagram.
Pendant plusieurs jours, les responsables iraniens ont nié que le Corps des gardiens de la révolution islamique avait détruit un avion de ligne ukrainien, tuant 176 passagers et membres d’équipage.
Ces iraniennes qui font le choix de l’exil marchent dans les pas des dissidents soviétiques qui ont franchi le rideau de fer pour vivre en Occident.
Ces dissidents ont joué un rôle fondamental dans la défaite de l’Union soviétique : ils ont ouvert les yeux de l’opinion publique occidentale sur la réalité de leur pays.
Les femmes iraniennes qui défient aujourd’hui ouvertement les mollahs renouent avec une époque antérieure à la révolution islamique de 1979, quand le voile n’était pas obligatoire.
Des photos de cette époque montrent des femmes sans voile.
Du jour au lendemain, les iraniennes sont passées « de la mini-jupe au hijab ».
« Je suis au regret de dire que le tchador a été imposé aux femmes », a déclaré Zahra Eshraghi, petite-fille de l’ayatollah Khomeiny.
« Il est devenu obligatoire – dans les édifices publics, dans l’école que fréquente ma fille. Ce vêtement qui était une robe iranienne traditionnelle a été transformé en symbole d’une révolution. »
La dernière impératrice d’Iran, Farah Diba, a rappelé qu’« à son époque, les femmes étaient actives dans toutes sortes de domaines.
À un moment donné, le nombre de femmes à l’université a même été supérieur à celui des hommes ». Mais bien qu’elles soient « maintenant maltraitées et dédaignées, bien que leurs droits soient bafoués, les femmes agissent de manière incroyablement courageuse ».
Il existe une photo de 1979 qui montre les femmes descendues dans la rue pour protester contre le port obligatoire du voile.
« Elle a été prise le 8 mars 1979, au lendemain de l’entrée en vigueur de la loi sur le hijab qui imposait aux femmes le port d’une écharpe pour leurs déplacements urbains » a expliqué le photographe Hengameh Golestan.
« Beaucoup de gens à Téhéran se sont mis en grève et sont descendus dans la rue. C’était une énorme manifestation avec des femmes – et des hommes … Nous nous battions pour la liberté ».
Depuis cette date, les femmes ne sont plus sorties à découvert.
À l’époque, 100 000 femmes avaient protesté contre le régime islamiste.
Aujourd’hui, de courageuses femmes iraniennes sont à la pointe du soulèvement contre le régime iranien.
Elles en connaissent le prix : nombre de celles qui ont participé aux manifestations anti-régime ont été violées et torturées en prison.
Les mollahs surveillent 40 millions de femmes iraniennes car ils savent que si ces femmes se rebellent ensemble contre la charia, la révolution islamique implosera.
Cette peur explique peut-être pourquoi le régime charge l’Occident de tous les maux.
Quand l’actuel « Guide » suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a défendu publiquement le voile, il a accusé les « ennemis » de l’Iran d’avoir « trompé une poignée de filles pour qu’elles retirent leur hijab dans la rue ».
 En 2009, le symbole des manifestations iraniennes était Neda Agha-Soltan, assassinée par le régime. Le cas de Sakineh Mohammadi Ashtiani, une Iranienne condamnée à mort par lapidation pour un soi-disant « adultère », a déclenché des rassemblements en France, qui pourraient avoir joué un rôle dans sa libération.
Il y a deux ans, une autre Iranienne, Vida Movahedi, est devenue un symbole de défi après qu’elle ait agité un foulard blanc.
Des livres sur la dissidence iranienne – tels que Persépolis et Lire Lolita à Téhéran – ont été écrits par des femmes.
Les femmes sont à la pointe du combat contre les ayatollahs.
Parmi les 1 500 personnes tuées par le régime à l’occasion des dernières émeutes, il y avait environ 400 femmes a indiqué un communiqué du ministère de l’Intérieur iranien repris par Reuters.
Selon la romancière irano-française Chahla Chafiq :

« Leur acte nous interpelle avant tout sur l’ordre infernal que la République islamique instaure en sacralisant, au nom de dieu, les discriminations et les violences faites aux femmes. La diabolisation du corps des femmes comme lieu de péché, symbolisé par l’obligation du port du voile, implique une série d’interdictions qui altèrent la vie des femmes, soumises à de constantes humiliations et souffrances. »

Une avocate des droits humains, Nasrin Sotoudeh, qui a défendu des femmes en lutte contre le voile, a été condamnée en mars à 38,5 ans de prison, avec une peine incompressible de 12 années de prison. Les activistes Yasaman Aryani, sa mère Monireh Arabshahi et Mojgan Keshavarz, ont été arrêtées pour avoir diffusé une vidéo qui les montre sans voile et distribuant des fleurs aux passagers.
Trois femmes accusées de « non-respect du hijab obligatoire » ont été condamnées à 55 ans de réclusion.
Shaparak Shajarizadeh, 43 ans originaire de Téhéran, a été condamnée à deux ans de prison pour s’être montrée tête nue dans l’espace public.
Azam Jangravi, qui a agité son foulard au-dessus de sa tête dans une rue animée de Téhéran, a déclaré qu’elle avait agi ainsi pour sa fille âgée de huit ans.
« Je me suis dit : ‘Viana ne devrait pas grandir dans des conditions identiques à celles que l’on m’a infligées quand j’avais son âge’ », a-t-elle expliqué.
Les mollahs iraniens semblent prêts à tout pour casser le mouvement des femmes.
Des femmes, qui ont partagé des vidéos les montrant tête nue, ont été condamnées à 10 ans de prison. La « police des mœurs » chargée de briser le mouvement des femmes a embauché 2 000 nouvelles recrues.
Le régime iranien diffuse également des vidéos de propagande sur le hijab.
Une fille qui s’est déguisée en homme pour assister à un match de football à Téhéran, s’est immolée par le feu peu après son procès.
Les femmes iraniennes ont « le taux de suicide le plus élevé au sein de la population féminine du Moyen-Orient».
Soixante-dix pour cent des suicides en Iran sont commis par des femmes que le régime opprime directement.
Mais le voile n’est pas le seul problème des femmes.
Danserchanterjouer de la musique ou serrer la main des hommes sont aussi des activités à risque. Avant 1979, les femmes iraniennes étaient libres. Elles veulent le redevenir.
« La flamme du féminisme est vivante en Iran », a rapporté Foreign Policy. 
Les féministes iraniennes qui refusent de porter le hijab sont courageuses, tandis que leurs homologues occidentales, qui portent des chapeaux roses, et les abandonnent sont des misérables. Federica Mogherini, ancienne Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, porte un tchador pendant les visites officielles en Iran, prend des selfies avec les législateurs iraniens, et n’a jamais eu un mot sur ces extraordinaires femmes iraniennes.
Masih Alinejad, qui a aidé à populariser la lutte des femmes iraniennes contre le port obligatoire du voile, a interpellé les femmes politiques occidentales qui cachent leurs cheveux quand elles voyagent en Iran : « Je serai claire avec vous : considérer qu’une loi discriminatoire est partie intégrante de notre culture – est une insulte à toute notre nation ».
Le régime iranien n’a pas tardé à arrêter des membres de sa famille.
La loi qui a institué la lapidation des homosexuels au Brunei a provoqué un tollé international.
Mais l’Iran peut bien tuer des homosexuels et pendre des femmes pour « adultère », pas un sourcil ne frémit en Occident.
Pourquoi la barbarie iranienne y est-elle si facilement tolérée ?
La révolution iranienne de 1979 a créé le premier État moderne fonctionnant sur des principes islamiques.
Les ayatollahs ont prouvé que la charia n’empêchait pas de gouverner et permettait même de construire une théocratie musulmane.
L’assujettissement des femmes a au coeur de ce système.
Il y a trente ans, le mur de Berlin est tombé parce que des citoyens ordinaires ont voulu recouvrer leur liberté de circulation.
Aujourd’hui, le mur du régime iranien pourrait être abattu par ces femmes ordinaires qui veulent retrouver la liberté de s’habiller comme elles l’entendent.
 Courageusement, elles refusent de piétiner les drapeaux d’Israël et des États-Unis – et réclament le droit de jouir du vent dans leurs cheveux.

Giulio Meotti, journaliste culturel à Il Foglio, est un journaliste et auteur italien.

gatestoneinstitute

http://by-jipp.blogspot.com/2020/08/les-femmes-iraniennes-defient-les.html

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