Thierry Bouclier « Le compte à rebours est enclenché. »

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%22 Le compte à rebours est enclenché %22 Thiérry Bouclier 1.jpegAuteur prolifique de biographies, essais et même de romans policiers, nous sommes allés à la rencontre de Thierry Bouclier, avocat le jour et écrivain la nuit…

propos recueillis par le CREA

Alphonse de Châteaubriant, Drieu la Rochelle, Pierre Poujade, Tixier-Vignancour, comment choisissez-vous les biographies que vous écrivez ?

J’écris sur les thèmes et les figures que j’apprécie. Alphonse de Châteaubriant est un merveilleux romancier, notamment pour Monsieur des Lourdines et La Brière. Le personnage de Drieu la Rochelle est fascinant, qu’il s’agisse du romancier ou de l’essayiste, même si tout n’est pas à garder dans son œuvre. Le mouvement Poujade reste la dernière grande jacquerie du vingtième siècle. Celui des Gilets jaunes, dans ses premières manifestations, présente de nombreuses analogies avec lui. Quant à Tixier-Vignancour, il demeure une référence pour les avocats. Une voix exceptionnelle et une haute conception de la défense. J’aimerais ajouter une autre de mes biographies, pour vous faire un peu bisquer. Celle de l’abbé Denis Coiffet. Un prêtre de choc, malheureusement décédé prématurément en 2015, auquel aucun païen ne pouvait résister !

%22 Le compte à rebours est enclenché %22 Thiérry Bouclier 2.jpegQuels écrivains appréciez-vous ?

L’essentiel de mes auteurs de prédilection, hormis Balzac et Roger Nimier, sont ceux de l’entre-deux-guerres. Beaucoup sont maudits à cause de leur engagement pendant la guerre, ce qui est regrettable. Nous avons cité Châteaubriant et Drieu la Rochelle. J’ajouterai naturellement Brasillach, pour l’ensemble de son œuvre, et Rebatet, pour Les Deux Etendards et Les Épis mûrs. J’aime le Céline du Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit, j’ai plus de mal avec le reste de son œuvre. Il faut également relire Giono, mais également Montherlant, pour Les Jeunes Filles, et tout Bernanos. Je n’oublie pas Léon Daudet, et même André Gide pour Les Caves du Vatican ou Les Faux-Monnayeurs.

Si vous deviez conseiller trois romans à un jeune de 17-20 ans, lesquels lui recommanderiez-vous ?

Comme le temps passe de Brasillach ou Gilles de Drieu la Rochelle. Le Hussard bleu de Roger Nimier. Et Le Camp des saints de Jean Raspail pour comprendre que le roman peut devenir réalité.

Votre premier roman, Le Cimetière de l’espérance, écrit quand vous aviez 25 ans, évoquait la douloureuse période de l’Algérie française et l’OAS. Est-ce une page d’histoire qui vous passionne ?

J’ai lu très jeune – j’étais au lycée – les livres du capitaine Pierre Sergent, du Bachaga Boualam et du colonel Bernard Moinet. C’est d’ailleurs ce dernier qui m’a mis le pied à l’étriller de l’écriture. Je lui dois beaucoup, si ce n’est tout. J’ai très vite été séduit par la mythologie du béret rouge et du soldat perdu, se battant pour sauver l’honneur. Au-delà de l’aspect esthétique de la guerre dans le djebel, il est essentiel de ne pas accepter les mensonges officiels concernant la guerre d’Algérie en particulier et de la colonisation en général. Ces mensonges expliquent en partie notre incapacité à nous défendre face à la déferlante migratoire. Tant que nous laisserons dire que la France a perdu la guerre d’Algérie – militairement, elle l’a gagnée -, et qu’elle a pillé ce pays – elle l’a créé, développé et enrichi -, sans oublier les fadaises sur les Africains ayant libéré et reconstruit l’Europe, nous laisserons se développer l’idée que nous avons une dette à l’égard de l’Afrique et que nous avons le devoir, en réparation, d’accueillir ses habitants. La falsification de notre passé obère notre présent et notre avenir.

Avez-vous été militant politique ?

J’ai été pendant des années un colleur d’affiches, un distributeur de tracts, un fidèle de tous les meetings, notamment avec mon ami de plus de trente ans, le professeur Jean-Claude Martinez. Je l’ai connu alors qu’il était encore député FN/RN à l’assemblée nationale, et l’ai suivi pendant toutes ses campagnes électorales. Je pourrais écrire un livre sur tout ce que nous avons connu ensemble, de Montpellier à Perpignan. Un esprit aussi brillant que fantasque.

Comment vous situeriez-vous politiquement et quels sont, selon vous, les principaux maux qui frappent notre pays et notre continent ?

Je suis de droite, tout simplement parce que je ne suis pas de gauche. Je déteste son sectarisme, son moralisme, son puritanisme intellectuel, sa violence et ses anathèmes..

Elle ne sait pas débattre, elle ne sait qu’excommunier et distribuer des brevets d’honorabilité ou clouer au pilori. Être de droite, c’est refuser ce terrorisme intellectuel. Le mal principal, dont souffre notre continent, est l’esprit de repentance, l’auto-flagellation, la haine de soi, l’auto-dénigrement. Le jour où les Européens redresseront le front et retrouveront la fierté de leur extraordinaire civilisation, nous aurons fait un grand pas vers la renaissance.

Êtes-vous optimiste pour l’avenir (politique) de notre pays ?

À vue humaine, je crois qu’il est fortement compromis. Mais j’ai la Foi. Alors, tout est possible.

On a souvent opposé dans notre mouvance, païens et catholiques. Vous qui êtes catholique, que pensez-vous de ce clivage ? Est-il opératoire à l’heure des grands périls que nous traversons, et pensez-vous que l’on puisse s’unir sur un socle commun (notamment la lutte contre l’immigration extra-européenne) ?

Quand il y a le feu à la maison, je ne demande pas son certificat de baptême au capitaine des pompiers. Réglons les problèmes cruciaux, et lorsque ceux-ci le seront, on pourra continuer à s’engueuler sur l’existence de Dieu et la place de la religion catholique. J’ai regardé l’autre jour, sur TV Libertés, le débat entre Alain de Benoist et Jean-Pierre Maugendre sur la question de la surpopulation mondiale.

Le païen et le catholique traditionaliste. Un débat d’une très haute tenue et passionnant, inconcevable pour la gauche. Arguments contre arguments, sans leçon de morale.

Vous avez écrit une biographie d’A.D.G. Qu’est-ce qui fait, selon vous, le sel des romans de l’auteur de Pour venger Pépère ou de Je suis un roman noir ? Je ne suis pas un spécialiste des romans policiers, mais j’ai lu tout A.D.G. que j’ai découvert au collège en lisant… Minute. Pour la recette du bon roman policier, laissons-lui la parole : « Le bon polar ? Une histoire bien tricotée, des personnages attachants, un cadre intrigant, de la violence mais aussi de la passion ou de la tendresse, bref une œuvre où le lecteur ne s’ennuie pas plus en le lisant que l’auteur en l’écrivant. C’est ce qu’on appelle de la littérature populaire, au bon sens du terme. »

Vous-même avez embrassé le roman noir en signant, dans la collection du Lys Noir d’Auda Isarn, deux romans policiers (Le Dernier des occupants et Rouge et jaune pour le Hussard). Qu’est-ce qui vous plaît dans cet exercice ?

Laisser parler son imagination est toujours fascinant. En outre, l’esprit qui souffle sur la collection est un esprit libre. Il permet de s’instruire tout en se distrayant. Le cocktail « message métapolitique, intrigue policière et coups de feu » a tout pour séduire le lectorat, surtout le plus jeune. Quelques amis m’ont dit que leurs enfants, qui n’ouvrent jamais un bouquin, ont lu et aimé mes deux polars. Il en est sans doute de même pour les autres auteurs de la collection.

Vous placez ces deux romans policiers dans deux villes que vous connaissez bien et pour lesquelles vous semblez avoir une réelle tendresse : Bordeaux et Paris…

Oui, et surtout le Paris populaire de l’Est, de Belleville et de Ménilmontant, aujourd’hui malheureusement défiguré. Là où mon épouse a grandi. Le Paris de Saint-Germain de Charonne, de la Mouzaïa et des Buttes Chaumont. Le Paris de l’accordéon, de la Commune, d’Edith Piaf et du bal musette. Catholique, je lis Rebatet, l’anticlérical et le bouffeur de curés. Mais j’ai oublié de vous dire. De droite, j’écoute Renaud, Serge Reggiani, et même Jean Ferrat et Moustaki. Un esprit libre ne doit pas avoir peur des contradictions. C’est ce que la gauche est incapable de comprendre.

On a très souvent cité le nom de Gramsci dans un souhait de reconquête culturelle pour nos idées. Pensez-vous que cela soit possible et réaliste ? Et si oui, comment concrètement ?

Sans doute, même s’il est sans doute un peu tard. Chaque année qui passe rend la tâche toujours plus immense. Que les plus convaincus montrent l’exemple en s’abonnant aux derniers journaux libres et en lisant les livres non-conformistes. En leur donnant la visibilité nécessaire, nous pouvons espérer un effet boule de neige. La minorité agissante sera rejointe par la majorité silencieuse. Mais le compte à rebours est enclenché.

Réfléchir&Agir N°65 Printemps 2020

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