Journal de confinement

Je devais participer au dîner de gala du Cercle Renaissance, fondé il y a plus de 50 ans par mon ami Michel de Rostolan, et dont j’ai compté parmi les premiers membres. L’ambassadeur de Russie devait être présent. C’est annulé, bien sûr. Le Cercle rassemble des personnes de qualité, pour des activités intéressantes, et dans la ligne de nos convictions profondes. Entre autres initiatives, il distribue quatre prix : prix Renaissance des arts, de l’économie, des lettres, et de poésie.

Michel, que je connaissais comme étudiant dans les années de tourmente 68 et suivantes, et avec lequel nous avons été jeunes députés à l’Assemblée Nationale en 1986 dans le groupe présidé par Jean-Marie Le Pen, est un ami fidèle et un homme remarquable. Les activités du Cercle (138 rue de Tocqueville, 75017 Paris) méritent d’être encouragées. 

Macron

Discours du Président de la République, à Metz, en visite au « Grand Est », l’un des plus importants foyers de contamination. Au cours de sa visite, il portait un masque. Ce masque dont on manque cruellement, et que l’on nous disait inutile tant que l’on n’était pas malade, mensonge qui ne servait qu’à masquer notre terrible carence. Puis vient son discours. Il est long, assez verbeux, dans la veine sentimentaliste que l’on cultive aujourd’hui : remerciements tous azimuts, etc. Sur Twitter, quelqu’un a écrit que cela faisait penser au présomptueux discours de Paul Reynaud en 1939, lors de l’ouverture des hostilités avec l’Allemagne : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ». C’est tout à fait cela. L’emphase masque mal la réalité. Le vocabulaire se veut viril, guerrier même. Mais, si guerre il y a, nous manquons totalement de munitions, contrairement à d’autres pays : masques, tests de dépistage, respirateurs, lits de réanimation. Tout le reste est littérature. Il faut attendre la fin du discours pour avoir quelques mesures concrètes : un plan « Résilience » dont les contours sont encore imprécis, et l’envoi de deux porte-hélicoptères outre-mer : l’un à Mayotte, le « Jeanne d’Arc » l’autre aux Antilles, le « Dixmude ». J’ai navigué quelques jours lors d’une période d’officier de réserve sur l’un de ces magnifiques BPC : « Bâtiments de Projection et de Commandement ». Ils peuvent servir à l’emport de matériel, de troupes, ou être transformés en hôpitaux. J’apprends cependant que le navire « Jeanne d’Arc » à Mayotte n’accueillera pas de patients. Je m’interroge dès lors sur l’utilité de cette mission…

Jeudi 26 mars

Tristesse. 

Coup de fil de Jean-Marie Le Pen. Il va bien, même s’il se sent très fatigué. Nous échangeons quelques plaisanteries, et nos impressions sur la situation. Elles sont les mêmes, sans que nous ayons eu besoin de nous concerter. Deux heures après, nouvel échange. Nous venons d’apprendre la mort accidentelle dans un accident de voiture de Charles, 24 ans fils de notre regretté collègue Édouard Ferrand député européen, élu de Bourgogne disparu prématurément il y a deux ans. Toutes nos condoléances à sa veuve Alexandrine et à toute sa famille si durement frappées. Mais une vie donnée n’est jamais perdue, même si ici-bas elle est fauchée dans la fleur de l’âge.

Vendredi 27 mars

Justice. 

Appel de mon ami Didier Gallot. Encore un ancien « Nanterrois ». En 1968, sur la faculté de Lettres de Nanterre, alors qu’il était le président de la Corpo Lettres, il tenta de s’opposer aux gauchistes, comme je le fis à la faculté de droit. Officier de police, puis magistrat, il fut longtemps juge d’instruction aux Sables d’Olonne. Après sa retraite, il a réussi, contre les grands appareils, notamment de l’UMP, à devenir maire de cette ville, mandat qu’il a quitté relativement récemment. Esprit courageux et talentueux, il ne s’est pas privé de prendre position par la plume sur les problèmes de la justice de la police, notamment dans deux livres aux titres évocateurs : « les fossoyeurs de la police » et « les fossoyeurs de la justice ». Il vient d’en publier un nouveau, certainement passionnant, sur « Les grands assassinats judiciaires — de Fouquet à Fillon » (éditeur : « Les Impliqués »). Il m’appelle, car un lecteur de Présent lui a dit que sur l’affaire Fillon j’avais à peu près défendu le même point de vue que le sien. Là encore, nous ne nous sommes pas concertés, mais les mêmes principes conduisent presque toujours aux mêmes analyses. Je commande aussitôt son livre, en même temps qu’un autre, qui m’avait échappé, sur son expérience de magistrat, et plaisamment intitulé : « Vous voulez rire, Monsieur le Juge ? ».

Samedi 28 mars

Bruxelles.

Une ancienne collaboratrice au Parlement européen, toujours dans l’institution, me fait part de ses impressions et de son écœurement lors de la dernière session-croupion qui s’est tenue à Bruxelles, avec vote par Internet. Consternant. Là encore, l’impuissance de L’Union Européenne n’a d’égale que l’enflure des mots. Sacha Guitry a dit avec humour que le mariage était le moyen de résoudre à deux les problèmes que l’on n’aurait jamais eus si l’on était resté célibataire. Aujourd’hui, la Commission européenne passe son temps à tenter de résoudre des problèmes qui tiennent à son existence : elle examine les dérogations à la règle sacro-sainte dont elle est la gardienne, et qui bannit les aides publiques aux entreprises, comme susceptibles de fausser la concurrence. En réalité, personne ne se soucie, je crois, dans les circonstances actuelles, des autorisations que donne ou non la Commission européenne. Et c’est tant mieux.

Dimanche 29 mars 

Chevènement.

La chaîne parlementaire LCP dans l’émission « DébatDoc » repasse un documentaire élogieux sur Jean-Pierre Chevènement, sa vie, son œuvre. En vérité, cette œuvre a été modeste. Quatre fois ministre, il a par trois fois démissionné. Ministre de la Recherche et de la Technologie en 1981, il démissionne en 83 par opposition à la dérive libérale et européiste du gouvernement Rocard. Rattrapé à l’Éducation Nationale par Mitterrand en 1984, il proféra quelques principes de bon sens, selon lesquels l’école primaire doit apprendre à « lire, écrire, compter », mais il échouera à « dégraisser le mammouth ». Nommé plus tard à la Défense, il démissionne en janvier 1991 pour protester contre l’engagement de la France dans la guerre en Irak. Hostile à juste titre au traité de Maastricht, il ne parviendra pas à empêcher son adoption. Choisi par Jospin, qui pense l’amadouer, pour le portefeuille de l’Intérieur, il démissionnera encore en 2000 pour protester contre les accords avec les indépendantistes Corses, et se présentera contre lui en 2002. Les 5 % qu’il réalise alors contribueront à la défaite de Jospin dès le premier tour… et c’est Jean-Marie Le Pen qui sera en finale ! Fin de carrière : dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2017 le « souverainiste » anti-européen Chevènement appelle à voter pour l’euro-mondialiste Macron contre la souverainiste Marine Le Pen, ce qui lui vaudra de garder la présidence de la Fondation des œuvres de l’islam de France ainsi que son poste de « représentant spécial de la France pour la Russie ». Il paraît que les deux hommes se parlent régulièrement. Je n’ai pas l’impression cependant que l’Islam s’adapte mieux à la société française ni que nos relations avec la Russie s’en trouvent substantiellement améliorées. 

L’émission vire au concert de louanges. Chevènement est qualifié de « visionnaire » (sic) sur l’Europe, l’Irak, Maastricht, l’identité et la souveraineté française, etc. Il est exact qu’il était beaucoup plus clairvoyant sur ces sujets que ses amis et collègues socialistes, auxquels il servit si longtemps de caution « Nationale-républicaine ». Mais tout cela a été dit avant lui, plus tôt, plus fort, plus héroïquement, et avec beaucoup plus de cohérence, par un certain Jean-Marie Le Pen. J’attends avec intérêt qu’une même émission louangeuse rende justice à ce dernier. Je crains de devoir attendre encore un peu… 

https://gollnisch.com/2020/04/06/journal-de-confinement/

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